Construire et argumenter son projet d’orientation au Lycée

11 mars 2021 par Gillian Charlet

La question de l’orientation, des choix de formation, du métier, du projet personnel et professionnel nous accompagne tout au long de notre parcours. C’est dans le cadre du grand oral que l’on demande aux élèves de terminale de présenter leurs projets d’études et de métiers. Ce moment est un nœud décisionnel, un carrefour décisif pour une personne de 17 ans, mais ces questionnements peuvent démarrer bien avant (dès la troisième par exemple) et ils nous accompagneront toute notre vie.

Le grand oral : une nouvelle épreuve pour argumenter.

Ce qui est intéressant dans cette nouvelle épreuve c’est qu’elle amène à s’exprimer sur ce sujet et donc à y réfléchir plus profondément. Ces réflexions doivent s’organiser autour des valeurs propres à chacune et chacun, de leurs envies et de leurs passions pour converger vers un début de chemin possible. Cependant, un projet personnel et professionnel peut être tellement riche qu’il sera amené à se développer et à se métamorphoser tout au long de son parcours. C’est en s’interrogeant personnellement sur son projet qu’on travaille son argumentation, et pour avoir un bon argumentaire, il faut se poser des questions intéressantes et pertinentes. Mais qu’est-ce qu’un bon argumentaire ? Aujourd’hui la circulation rapide d’informations non vérifiées foisonne sur les réseaux sociaux et cela nous fait perdre l’habitude de la recherche de cohérence, de sens critique, de prise de recul. Voici une analyse de l’argumentation en termes de psychologie…

Bien construire son argumentation

Le processus argumentatif.

Différentes études menées en psychologie ont pu mettre en avant différentes phases dans le processus de développement de l’argumentation. Les arguments produits à l’âge de 10/11 ans face à un interlocuteur adulte réfèrent très fréquemment à des valeurs ou expériences personnelles (environ 50 % des arguments produits) (https://www.cairn.info/journal-ela-2003-2-page-187.htm). Ces arguments personnels tendent à diminuer avec l’âge et ne représente plus que 25 % des arguments produits à l’âge de 13-14 ans (Collège). C’est vers 16-17 ans (Lycée), que l’on peut les voir réapparaître dans le processus argumentatif, mais en s’articulant avec d’autres éléments afin de contribuer de manière plus générale à l’argumentation de ceux-ci : « Je n’aime pas notre prof de Physique car il m’a mis de mauvaises notes, mais mes camarades l’aiment bien car ils le trouvent gentil ». C’est au lycée que l’élève apprend à défendre une position, une revendication tout en considérant la possibilité d’autres positions.

Le processus argumentatif se change, et se développe avec l’expérience et avec l’âge.

Lors d’une étude menée en 2017 par la Royal Society for Public Health (RSPH), plus de 90% des jeunes âgés entre 14 et 24 ans possèdent un compte sur un des principaux réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat, etc. ). Cette étude met également en avant l’impact que peut avoir une utilisation excessive des réseaux et médias numériques. Dans notre utilisation d’Internet, nous sommes sans cesse à la recherche de contenus et d’informations, et il nous faut alors jongler avec des données qui se complètent et parfois se contredisent. Il devient alors difficile de gérer ce flot de renseignements de façon organisé, structuré afin qu’il soit pleinement compris et intégré.

Maryanne Wolf, professeure de psychologie à l’Université Tufts, confirmait que : « Nous ne sommes pas seulement ce que nous lisons. Nous sommes comme nous lisons » (https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-02172388/document). De plus en plus nos notre suivi de l’actualité se fait à travers les médias numériques et les réseaux sociaux et :

« Quand nous lisons en ligne, nous avons tendance à devenir de “simples décodeurs d’informations ». Notre capacité à interpréter le texte, à créer les riches connexions mentales qui se forment lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement désengagée. ».

Maryanne Wolf

On peut donc se questionner sur l’impact de ses lectures liées aux médias numériques et sociaux.

Apprendre à s’approprier l’information numérique.

Cependant, les smartphones sont également une ouverture vers le monde de la connaissance. En effet, l’accès permanent à Internet nous permet de trouver en tout temps et en tout lieux les informations que nous désirons et cela de manière bien plus facile, mais également beaucoup plus détaillée que par le passé. La mémoire disponible sur ces instruments informatique en fait également un outil sans limites pour stocker la connaissance que nous souhaiterions approfondir plus tard, mais également pour la partager avec son entourage. Cependant, quand on partage une information, il faut être capable de prendre du recul sur celle-ci afin de la comprendre et de se l’approprier.

Comme vu précédemment, la période du lycée est cruciale dans l’apprentissage et la diversité des processus d’argumentation. Ce processus semble simple, mais relève d’un ensemble de tâches beaucoup plus complexes et coûteuses. Il faut maitriser :

  • Le processus de planification (qui consiste à récupérer des idées en mémoire, les sélectionner et les évaluer, et enfin les organiser en fonction des contraintes de l’activité : consignes, but, type de texte et destinataire).
  • Le processus de traduction (Qui consiste à formuler le matériel conceptuel issu de la planification sous une forme linguistique).
  • Le processus de révision (qui permet d’évaluer l’adéquation entre les arguments produits et les buts fixés lors de la planification).

Il est important d’essayer de consolider cette phase d’apprentissage et d’élaboration de l’argumentation en accompagnant aux mieux les jeunes dans leur développement cognitif.

Cela peut être fait par le développement des activités parallèles permettant aux jeunes de mieux organiser leurs connaissances afin d’être capable de les structurer et ainsi d’argumenter de manière juste et pertinente.

Le ludisme au service de l’argumentation.

Un jeu axé sur le processus d’argumentation et d’orientation va pouvoir aider l’adolescent à construire et organiser les connaissances qu’il possède afin de les structurer et se les approprier. Dans la mesure où l’on ne rédige jamais une argumentation pour soi-même, mais toujours par rapport à un destinataire, il s’agit d’un discours dans lequel les contraintes rhétoriques, telles que nous les avons définies plus haut, sont particulièrement importantes.

C’est pour cela qu’il faut valoriser les jeux inter-élèves, ce qui permet un brassage de l’organisation des connaissances, et ainsi de renforcer l’aisance argumentative. En effet, le fait de changer régulièrement d’interlocuteur et donc de destinataire lors du processus d’argumentation permet un développement du bagage cognitif visant à structurer sa pensée.

Un jeu où les élèves s’entrainent entre eux à argumenter sur des sujets aussi divers que variés, qui est à la fois axé sur un plan scolaire (argumentation du choix des matières étudiées et du projet professionnel), mais également sur un plan du divertissement (argumenter sur son animal ou son jeu préféré) permet à la fois de poursuivre l’apprentissage de l’argumentation tout cela enveloppé sous une délicieuse couche de ludisme.

L'AUTEUR :
Gillian Charlet Etudiant en Master d’Ergonomie et de Psychologie du travail suite à une reconversion professionnelle après une carrière dans l’hôtellerie restauration. Je suis conscient de l’évolution de l’orientation professionnelle tout au long de la vie. Grand amateur de jeux de plateau, qui m’ont accompagné tout au long de ma scolarité, cela ne fait que renforcer mon intérêt de mêler le ludisme à la pédagogie dans les dynamiques de travail et les processus d’orientation.
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